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Des oubliés de la Résistance.Sous ce titre nous débutons par les Résistants Évades de France par les Pyrénées qui furent internés dans les prisons "modèles" de l'Espagne alors sous le gouvernement du général Franco. La mémoire de la Seconde Guerre Mondiale s'ouvre sur tant de faits et d'événements que si l'on n'y prend garde certains de ces faits passeront aux pertes, la colonne des profits étant réservée à certains : les plus nombreux, les plus fortunés, les plus impliqués politiquement selon l'époque, etc.. Le temps passant, des historiens détachés de toute influence ainsi qu'ils doivent l'être par essence se penchent sur les oubliés de la Résistance. Cela fut le cas du Pr. Robert Belot pour les Résistants Évadés de France par les Pyrénées et l'Espagne et dont les ouvrages sont cités à la page "livres". Nous sommes
convaincus que ce ne furent pas les seuls "oubliés de la Résistance".
D'autres nous viennent à l'esprit Trop longtemps, la Résistance a été confisquée par certaines catégories de Résistants dont il n'est pas question de remettre en cause les actes dès lors qu'ils ont été réels et prouvés. Ce n'est toutefois pas une raison suffisante pour "passer à la trappe de l'oubli" les autres Résistants sans doute plus discrets dont les actions furent moins spectaculaires mais non moins efficaces avec les risques inhérents aux opérations clandestines en environnement ennemi. Les
Résistants Évadés de France par l'Espagne ont, selon leur âge et selon les
circonstances, répondu dès que cela leur fut possible
Ces pages sont, en partie, dédiées à tous les Évadés de France qui, entre 1940 et 1944, ont franchi clandestinement la chaîne des Pyrénées, faisant fi de tous les risques qu'ils encouraient pour leur désobéissance aux Lois édictées par l'État français qui était le régime établi par le Maréchal Philippe Pétain. Ils voulaient rejoindre les Forces françaises régulières Combattantes pour contribuer à la libération de la Patrie, et cela quel qu'en fut le prix. En outre, ils désobéissaient délibérément aux injonctions de l'occupant Nazi, c'était un risque mortel. Elles sont aussi dédiées à la mémoire de tous
ceux qui ont eu le même désir de rejoindre nos Armes mais qui ont été pris par des
forces de police allemandes ou françaises, soit en franchissant la ligne de démarcation
qui séparait la zone dite libre de la zone occupée par l'ennemi, soit en tentant de
franchir la frontière franco-espagnole. A ceux aussi qui ont été trahis par des
habitants et même par des gens qui se disaient "passeurs". Très peu de ces
frères d'arme malchanceux ont survécu aux camps nazis où ils furent envoyés, à moins
qu'ils aient été tués en France dans une prison tenue par les nazis. Mais nous ne voulons oublier aucun des "oubliés de la Résistance" et, plus loin vous trouverez ce qui concerne les radio-opérateurs de la Résistance.
RÉSUMÉ Question : pourquoi
être passé par l'Espagne ? Un résumé de pareilles aventures ne peut donner qu'un embryon d'idées. L'on peut dire que chaque personne a vécu une aventure différente de celle de son compagnon de route, mais j'en prends le risque pour que le lecteur impatient en retienne quand même un aperçu. Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées dans des conditions très inconfortables détaillées dans les récits d'Évadés présentés sur une page suivante, nous avons été interrogés individuellement par des policiers. L'interrogatoire portait généralement sur les raisons qui nous avaient poussés à quitter la France, ce à quoi ceux qui avaient conservé la nationalité française répondaient généralement : "Pour rejoindre de Gaulle". Réponse qui pouvait entrainer un :"alors vous êtes communiste" (je demande au lecteur de ne pas chercher de logique dans tous ceci à moins qu'il puisse se mettre dans la pensée d'un flic espagnol de 1943 sous le "merveilleux" régime franquiste ami de l'excellent régime du Maréchal Pétain). Ils nous questionnaient aussi sur d'éventuelles présences de rassemblements militaires allemands, d'armes lourdes, auprès de la frontière. N.B.-On peut être ami avec le diable, mais avec perspicacité ! Tenter de détromper le policier, surtout en ne connaissant pas l'Espagnol... et même ! C'était un vain effort, et de toute façon, l'interrogatoire conduisait en prison dans tous les cas. J'ai parlé plus haut des Français car il y en eut un grand nombre qui tentèrent de se faire passer pour Canadiens. La ficelle était si grosse qu'elle fut aperçue rapidement. D'autant plus vite qu'ils venaient presque tous de "Trois rivières", qui devait passer pour une ville très importante dans laquelle, sans doute se trouvaient beaucoup de Parisiens à l'accent faubourien, de méridionnaux à l'accent sympathique mais si peu Canadien, et même des Basques. Ce stratagème était destiné à se faire prendre en charge par l'ambassade Britannique, laquelle comprit aussi très vite que le flot des personnes dépassait ses possibilités matérielles. La structure dite "de la Croix Rouge" était alors en formation. (voir les ouvrages de Robert BELOT) sous la direction de Mgr Boyer-Mas, prélat atypique, original mais d'une efficacité exemplaire dans la tâche qu'il s'était assignée. Nous avons ensuite été transférés du commissariat à la prison de la ville la plus proche de notre itinéraire et pourvus d'une carte de détenu comme celle qui est reprise ci-dessus. S'en suivit un séjour, dans des cellules surpeuplées, allant de 1 à 3 mois en grande sous-alimentation et manque d'hygiène incroyable, infestés par la vermine. La seconde phase fut le transfert à d'autres destinations, soit prisons, soit le camp de Miranda de Ebro pour des durées allant de 3 à 6 mois, parfois plus longues, rarement plus courtes. Partout même manque d'eau, mêmes latrines emplies d'immondices, partout dysenterie parfois épidémies de gale. Alimentation malpropre sous le niveau de la survie. Soins assurés en prison par des prisonniers espagnols incompétents même s'ils étaient dévoués. J'ai pratiqué l'infirmerie de la prison de Figuerido (Galice) à plusieurs reprises, et ai connu les soins du brave Navarro, brancardier dans le civil, prisonnier politique parce que républicain. Grand cur et bonne volonté, mais sans aucun matériel approprié à des soins mis à part le coton, la gaze, l'alcool, le sparadrap. Aucun instrument coupant sauf des ciseaux à papier à bout rond. Les injections de vaccination étaient pratiquées par un médecin venant de l'extérieur, donc agréé par le régime. Elles étaient faites sur 6 à 8 prisonniers à l'aide d'une grosse seringue, sans changer l'aiguille. Lorsqu'il existait des ouvertures, fenêtres donnant sur l'extérieur (avec barreaux) ce qui était souvent le cas des infirmeries de prisons, il était interdit de s'en approcher sauf à risquer le tir bien ajusté d'un des gardes circulant dehors. A Figuerido, on voyait quelques balles perdues dans le plafond ! Nous avons connu les mauvais traitements et menaces de mort proférées par des gardiens totalement ivres, les punitions parce qu'on ne levait pas le bras en criant "Franco", les coups de crosse donnés à ceux qui ne voulaient pas aller à la messe le dimanche, traitement approuvé sinon recommandé par le prêtre local qui, souvent pratiquait en outre le marché noir à l'encontre des prisonniers. Il était possible de se procurer de la nourriture venant de l'extérieur de la prison, mais à prix d'or. Combien de stylos, montres, bagues ont été achetés à des prix honteusement ridicules par des prisonniers espagnols de droit commun. Les pesetas ainsi obtenues étaient transformées en nourriture, oranges, pastèque, pain de maïs, arachides, à l'économat qui faisait de très bonnes affaires sur ses marges de revente. Normalement, les gaillards qui tenaient l'économat auraient dû être à notre place... avec le directeur de la prison. Une délégation de la France Libre, trouva un jour discrètement sa place à Madrid où il existait une ambassade de France (de l'État Français - Mal Pétain). Ce fut seulement quand le général Franco fut assuré que les Allemands étaient en perte d'influence sur tous les fronts. On ferma les yeux, mais la faune politico-militaire nazie veillait à Madrid et les manuvres de secours aux prisonniers étaient difficiles. Mgr Boyer-Mas s'efforça d'organiser des distributions régulières d'argent, procuré par la France Libre, aux Français emprisonnés. Encore fallait-il qu'il sût où étaient ces prisonniers et combien ils étaient. Faut-il dire que les cloportes des administrations pénitentiaires ne mirent aucun zèle à donner ces indications ? Nous restâmes ainsi des mois sans recevoir aucun secours, jusqu'à temps que l'on nous découvre et que nous recevions alors argent et linge de corps devenu indispensable. Chaque jour, je traçais un trait au bord de ma pipe sans tabac. Quand le tour fût complet, je traçais alors un trait par mois sur le tuyau. Distraction au moins aussi intellectuelle que le décompte des poux écrasés ! Par chance, et cela se produisit un peu partout, des groupes se constituèrent. Nous avions fait équipe avec Pierre Durban+ , étudiant en médecine qui devint psychiatre, Pierre Weinstein+ Auprès de nous; il y avait deux cousins de Pau qui se nommaient Oveid. Qu'en est-il advenu ? Et quelques autres avec lesquels nous avions sympathisé : Victor Mechoulan, Saldou qui était marin et dont je ne me rappelle pas le prénom, et d'autres, visages demeurés mais flous. Camarades de misère, engagés comme nous tous, peut-être disparus, peut-être encore parmi nous. L'engagement, le combat, les suites de la guerre, le retour pour
les gagnants avec les difficultés à se réinsérer. Comme me l'a dit quelqu'un chez qui
j'avais cherché un emploi : "pourquoi êtes-vous revenu ?" Nous nous sommes retrouvés plus tard dans nos associations d'Évadés de France, mais ceci sera traité sur une autre page. Je souhaite que des Évadés de France par l'Espagne qui auraient connaissance de ce site internet me manifestent leur existence par mail ou autrement. Je me ferai un devoir de noter leur nom (et leur adresse s'ils le veulent) sur une liste spéciale de ce site. Cela permettrait peut-être de se retrouver.... tant qu'on existe. PAGE SUIVANTE récits d'Évadés. Retour haut de page | ||||||||
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